« La vie est trop belle pour ne pas être éternelle. »Hermann Giguère
Pendant plus de soixante ans, Hermann Giguère a été prêtre — au sens le plus large et le plus généreux du mot. Théologien de la spiritualité, professeur, écrivain, supérieur général du Séminaire de Québec, ami des mystiques et des saints de la Nouvelle-France, il fut aussi, et jusqu'à la toute fin, le pasteur fidèle de deux petites chapelles d'été au bord des lacs de la Beauce. Cette page rassemble, année après année, ce qu'il a écrit, enseigné, célébré et aimé.
Hermann Giguère naît en 1938 et est baptisé à Saint-Joseph-de-Beauce. Aîné de la famille, il précède un frère, Paul, et deux sœurs, Gaétane et Nicole. La Beauce — ses villages, ses rivières et ses lacs — restera toute sa vie le pays de son cœur. Après ses études classiques à l'École apostolique puis au Collège de Lévis (1950-1958), il entre au Grand Séminaire de Québec en 1958 ; le futur cardinal Louis-Albert Vachon y est alors son supérieur, et le jeune séminariste y tient l'orgue (1959-1961) — un amour de la musique qui ne le quittera pas.
Le 1er juillet 1962, il est ordonné prêtre du Séminaire de Québec. Au sortir du cours classique, il avait choisi pour devise une parole de l'Évangile de Jean qui résumera tout son ministère : « Pour qu'ils aient la vie » (Jn 10, 10). On l'envoie ensuite à Rome, où il obtient en 1968 un doctorat en théologie de l'Université pontificale grégorienne, avec une thèse sur le ministère sacerdotal et la sanctification. Il rentre à Québec l'été de cette même année.
De retour de Rome, il entre à la Faculté de théologie de l'Université Laval, où il enseignera trente-quatre ans la théologie spirituelle et l'histoire de la spiritualité — professeur agrégé en 1972, titulaire en 1995 ; il fut aussi, de 1968 à 1975, directeur spirituel du Grand Séminaire de Québec. Il fait découvrir à des générations d'étudiants les grands maîtres de la vie intérieure : Ignace de Loyola, Jean de la Croix, Thérèse d'Avila, Bérulle, François de Sales, Charles de Foucauld, Thérèse de Lisieux. Deux figures de la Nouvelle-France deviennent les compagnes de toute sa recherche : Marie de l'Incarnation — il se disait « l'ami de Marie de l'Incarnation » et fut une cheville ouvrière du Centre d'études Marie de l'Incarnation (CÉMI), fondé en 1993 — et saint François de Laval, premier évêque de Québec et fondateur du Séminaire.
Très tôt, il discerne dans les mouvements spirituels nouveaux « des signes prophétiques ». Pionnier du Renouveau charismatique au Québec, il en est le délégué des évêques de 1974 à 1992 ; il dirige la revue Selon Sa Parole de 1977 à 1999 et fonde, en 1986, le Conseil canadien du Renouveau charismatique catholique, dont il est le premier président (1986-1996). Cette confiance dans le souffle de l'Esprit, jointe à la rigueur de l'historien des spiritualités, donnera sa couleur à toute son œuvre.
Le 11 juin 2002, Mgr Maurice Couture le nomme supérieur général du Séminaire de Québec — la maison fondée par Mgr de Laval en 1663. Il y consacrera dix ans. Lucide devant le déclin (« De 80 membres en 1982, elle est passée à 42 »), il choisit l'espérance et la « relance » : il fonde Québec-Ixthus, un centre d'évangélisation pour jeunes adultes (2004) ; il « refonde », à la demande du cardinal Marc Ouellet, le Petit Séminaire diocésain de Québec (2008) ; il ouvre la maison aux prêtres diocésains. En 2005, Benoît XVI le fait prélat d'honneur. Il transforme le bulletin du Séminaire en un trimestriel, SME-Info, qu'il rédige de sa plume. Deux grands jubilés portent sa marque : l'Année jubilaire François de Laval (2008) et les fêtes du 350e anniversaire du Séminaire (2013), dont il est l'instigateur. Il passe le flambeau au chanoine Jacques Roberge le 1er juillet 2012, l'année même de son jubilé d'or sacerdotal.
Quelles que fussent ses charges, il garda toujours un attachement tendre à deux petites chapelles d'été de la Beauce, à Saint-Benoît-Labre : la chapelle Notre-Dame-du-Lac-Poulin et la chapelle Sainte-Thérèse-de-l'Enfant-Jésus, au Lac-Raquette. Il les desservit à partir de 1968 — d'abord comme aide, au retour de Rome —, puis fut recteur de la desserte estivale de 1992 à 2024, tenant lui-même, avec un soin attentif, leur site web et leur chronique. C'est au Lac-Poulin qu'on célébra, le 21 août 2022, ses soixante ans de prêtrise, devant une centaine de personnes ; et c'est là qu'il dit sa dernière messe de Noël, le 18 décembre 2025 — « plusieurs, dont je suis, y trouvent un brin de nostalgie », confiait-il.
Libéré de l'administration, il ne cessa ni d'écrire ni de prêcher. Secrétaire de la corporation du Séminaire jusqu'en 2021, il composait surtout, dimanche après dimanche, les homélies qu'il publiait sur son site — un commentaire patient de tout le lectionnaire, offert à qui en voulait. Il vit la canonisation de son cher François de Laval par le pape François, le 3 avril 2014, comme l'accomplissement d'un vœu. Vers la fin, dans son blogue, il revenait sur l'œuvre de sa vie et résumait d'un mot la tâche qu'il jugeait la plus urgente pour l'Église d'ici : « faire mémoire ». Une maladie l'éprouva en 2023 ; il s'en releva. Ses homélies se succédèrent fidèlement jusqu'au 27 décembre 2025 — la dernière, écrite de sa main, s'achevait sur une bénédiction pour l'année nouvelle. Puis vint le silence. Fidèle jusqu'au bout à sa générosité discrète, il créa dans les dernières semaines de sa vie, à la Faculté de théologie de l'Université Laval, un fonds de bourses — la Fondation Mgr Hermann Giguère — pour soutenir les étudiants dont les travaux portent sur saint François de Laval et sur les spiritualités, convaincu que « nul ne peut revendiquer le monopole du souffle ou de l'Esprit » : « Le vent souffle où il veut » (Jn 3, 8). Mgr Hermann Giguère s'est éteint le 4 juin 2026, à 88 ans, à la Résidence Cardinal-Vachon. Il croyait, et l'avait souvent prêché, que « la vie est trop belle pour ne pas être éternelle ».
Plus de soixante ans de ministère, d'enseignement et d'écriture — année après année.
Avant l'ère du web, les traces sont plus rares ; voici les jalons connus de sa formation et de ses premiers engagements.
Une vie d'études et de ministère traversée par quelques grandes fidélités.
« Une spiritualité n'est pas d'abord une application de principes… elle est le résultat d'une expérience d'un sujet-croyant. »Hermann Giguère, Comment se développe la spiritualité des ministres ordonnés ?, 2006
De ses premiers articles (1980) jusqu'à son anthologie de 2014, il n'a cessé d'étudier et d'aimer le premier évêque de Québec — « pasteur et mystique », homme du « pur abandon » et du souffle missionnaire. Comme supérieur général, il porta l'Année jubilaire de 2008 ; il vécut la canonisation de Laval, le 3 avril 2014, comme l'accomplissement d'un vœu.
François de Laval : pasteur et mystique · Le souffle missionnaire · L'Année jubilaire 2008
Il se disait « l'ami de Marie de l'Incarnation ». Cheville ouvrière du Centre d'études Marie de l'Incarnation (CÉMI, fondé en 1993), il consacra des décennies à cette grande mystique apostolique — « Dieu luit au fond de l'âme » — et à l'histoire de la spiritualité : Ignace, Jean de la Croix, Thérèse d'Avila, Bérulle, François de Sales, Charles de Foucauld.
Commentaire d'une lettre de Marie de l'Incarnation · Sa bibliographie sur Marie de l'Incarnation
C'était sa spécialité savante. Dans le sillage de Vatican II — « il n'y a pas de consécration sans mission » — il développa une « spiritualité presbytérale » du service : le prêtre serviteur, qui « noue le tablier », enraciné dans son Église particulière (sa « diocésanité »), et toujours du côté de la compassion plutôt que de la rigueur.
Plus de 540 homélies, du 25 mars 2004 au 4 mars 2026. Sa manière : partir du quotidien — une publicité, un fait d'actualité, une image — pour conduire à l'Évangile, en trois points, avec chaleur et espérance. « La résurrection n'est pas un objet d'étude, c'est une expérience de rencontre. »
La maison de Mgr de Laval (1663) fut le grand amour de sa vie ecclésiale. Il en défendit l'héritage : reconnaissance du Fonds (1623-1800) au registre Mémoire du monde de l'UNESCO (2007), mise en lumière de la Cour, restauration de la Salle des Promotions, et la grande fête du 350e en 2013.
Trente-quatre ans professeur à l'Université Laval, puis formateur au Grand Séminaire. Il aimait transmettre — au point de mettre tous ses cours en ligne, gratuitement, avec des exercices et des corrigés (« hé oui ! »), pour ses étudiants et pour quiconque s'y intéressait.
Cours d'histoire de la spiritualité · Son curriculum et ses cours
Pionnier du Renouveau charismatique au Québec, il y voyait « des signes prophétiques ». Il fonda en 1986 le Conseil canadien du Renouveau charismatique catholique et dirigea la revue Selon Sa Parole de 1977 à 1999 — une confiance dans l'Esprit qui irrigua toute sa théologie.
Toute sa vie, il fut le pasteur de deux petites chapelles d'été de la Beauce : Notre-Dame-du-Lac-Poulin et Sainte-Thérèse, au Lac-Raquette. Recteur de la desserte estivale de 1992 à 2024 (et présent dès 1968), il en tint la chronique et le site, y célébra ses 60 ans de prêtrise (2022) et sa dernière messe de minuit (2025). Un ministère humble, au ras des gens et des saisons.
« Je suis un internaute averti… j'ai construit et j'entretiens plusieurs sites internet. » Webzine dès 2005, blogue, Twitter, Facebook, YouTube : il fut l'un des premiers prêtres québécois à faire du web un instrument d'évangelisation et de mémoire.
hgiguere.net — « Carrefour Kairos » · « Gazouillis… tweets… » (2010)
Organiste dans sa jeunesse, il garda toute sa vie l'amour de la musique sacrée — le Stabat Mater, la grand-messe de Gilles Vigneault, Morricone, Domingo — qu'il partageait sur son blogue, aux côtés du cinéma de Bernard Émond et d'une vaste curiosité de lecteur. Une culture qui nourrissait sa foi, et réciproquement.
Lucide devant le déclin de l'Église au Québec, il choisissait l'espérance d'une Église plus petite mais plus spirituelle, et résumait d'un mot la tâche la plus urgente : « faire mémoire ». Cette page en est l'écho.
Hermann Giguère a beaucoup écrit, et de bien des manières : des livres et des articles savants, des manuels de cours, des centaines d'homélies, un blogue, des chroniques d'histoire. Voici l'essentiel de son œuvre publiée ; l'intégralité de ses textes en ligne demeure accessible sur ses deux sites.
Quelques images tirées de ses sites — sa personne et les siens, le Séminaire qu'il a servi, les saints qu'il a aimés, et les chapelles de la Beauce où il fut pasteur.




Hermann était l'aîné des quatre enfants de Léonce-Arthur Giguère et d'Alexina Lessard, de Saint-Joseph-de-Beauce : Hermann, Paul, Gaétane et Nicole. À la mort de leur père, en décembre 2000, c'est Hermann qui prononça l'homélie des funérailles — « La foi de mon père ».



















Ces images proviennent de ses sites hgiguere.net et carrefourkairos.net, qu'il a lui-même tenus pendant plus de vingt ans.
Ses deux sites sont préservés. On y trouve l'intégralité de ses homélies, billets, conférences et travaux.